Photographier les grandes aeschnes : la chasse aux libellules est ouverte !

Les mois d’aout et septembre sont la période idéale pour photographier les grandes aeschnes ! Sortons les téléobjectifs !

Aeschne des joncs mâle en patrouille. Il ne volait jamais en surplace au même endroit et jamais plus de 5 secondes. Il m’a fallu 300 déclenchements pour obtenir cette photo ! 400mm, f4,5, 1/2500, 400 isos.

Si j’ai utilisé le terme “chasse” dans le titre, c’est que l’approche de ces anisoptères, les “grandes libellules”,  est bien plus difficile que celle des zygoptères, les “petites libellules” ou “demoiselles”. Réussir à placer un de ces petits hélicoptères dans le viseur ne sera donc pas simple mais pas impossible non plus. C’est parti !

Les grandes aeschnes : quelques informations sur le sujet.

Ou plutôt sur les sujets, car comme vous pourrez le voir sur les photos illustrant cet article, il y a plusieurs espèces d’aeschnes, fréquentant autant de milieux différents.

Bonne nouvelle : il y a forcément une espèce ou deux présentent près de chez vous ! A vous de les découvrir !

La première étape est de trouver un point d’eau : mare, étang, canal, lac, tourbière ou rivière. Si je recherche une espèce particulière, une petite recherche internet me permet généralement de trouver un endroit propice et d’en savoir un peu plus sur son mode de vie (voir : comment préparer une sortie macro).

Habitat de l’aeschne azurée : une mare tourbeuse perchée à 2000m d’altitude ! Toutes les zones humides ne possèdent pas une aussi belle vue que celle-ci mais toutes permettent de photographier les grandes odonates !

Une fois au bord de l’eau, vous ne devriez pas tarder à voir passer votre première grande libellule. La grande majorité de celles visibles sont des mâles en vol, en chasse, à la recherche d’une femelle ou patrouillant autour de leur territoire pour en chasser les intrus.

Les femelles sont loin de l’eau, elle ne s’y rendent que pour s’accoupler et pondre leurs oeufs et même à ce moment-là, se font particulièrement discrètes.

Aeschne paisible, Boyeria irene, l’une de mes aeschnes préférés, la seule habitant les rivières, la seule habillée d’une tenue de camouflage, l’une des moins farouches en vol, l’une de celle se posant le plus rarement et celle qui m’a donné le plus de fil à retordre ! 105mm, F2,8, 1/320, 800 isos.

En vol ou posé ?

Aeschne de couleur brune aux yeux verts, l’aeschne isocèle, aeshna isoceles est une odonate de printemps. L’espèce recherche des plans d’eau avec une végétation rivulaire bien développée. J’ai photographié celle-ci au Luxembourg, près de la frontière avec le département de la Moselle. 200mm, F4, 1/400, 100 iso.
  • En vol.

En observant vos aeschnes, vous en repérerez peut-être certaines volant sur-place plus souvent et plus longtemps que les autres : c’est sur celle-ci qu’il faudra vous concentrer.

Laissez les autres, il est très difficile de placer une grande libellule volant à 30km/h dans le viseur et plus encore de faire une mise point correcte sur ses yeux.

Placez-vous à proximité de votre sujet et attendez qu’il vienne voler au point fixe près vous. Suivant les espèces, ce sur-place peut durer entre 2 et quelques dizaines de secondes.

A vous d’être suffisamment rapide pour cadrer, faire la mise au point et déclencher avant que la libellule ne continue son chemin. L’aeschne des joncs ouvrant cet article ne volait sur-place pas plus de deux ou trois secondes, il m’a fallu plus de 300 déclenchements et une petite heure assis dans l’herbe avant d’obtenir cette photo !

Pour d’autres, comme cette aeschne affine, les sur-place peuvent durer plus longtemps et rendre la photo plus simple.

L’aeschne affine est une bonne espèce pour débuter. Ses long vols surplace la rende plus facile à mettre dans le viseur. 300mm, F3,5, 1/500, 200 isos.

A propos des réglages :

Une vitesse rapide s’impose ! Le 1/500 utilisé pour l’aeschne affine ci-dessus était suffisant car cette espèce est assez stable en vol sur-place. En revanche le 1/400 de l’aeschne isocèle était trop juste car cette libellule “vibre” beaucoup plus. La netteté sur le corps de l’insecte n’est donc pas parfaite mais le flou des ailes renforce l’impression de mouvement. A vous de trouver le meilleur compromis.

Enfin le 1/2500 m’a été très utile pour figer l’aeschne des joncs, plus puissante que les deux espèces précédentes. D’ailleurs, même à cette vitesse l’extrémité des ailes n’est pas figée.

Mise au point manuelle ou autofocus ?

L’autofocus de mon A99 n’était pas exactement le meilleur du marché, il m’est – pour ce sujet- totalement inutile ! Trop centré et disposant de trop peu de collimateurs, il m’obligerait à placer la libellule en plein milieu de la photo. De plus, l’insecte étant assez petit dans l’image, il accroche souvent la végétation en arrière-plan.

Vous l’aurez compris, je préfère largement la mise au point manuelle qui me laisse une totale liberté de cadrage pour ce sujet !

Cependant, il est bien possible que les derniers modules autofocus (Nikon D5, D500, Sony A9) équipés d’un téléobjectif rapide soient capables de suivre quelques secondes mes petits hélicoptères. A vous d’essayer !

  • Perchées.

Là, la partie va se corser et il va falloir faire preuve de patience ! Car ces grandes odonates se posent rarement. Les voir se poser près de vous à votre hauteur est encore plus rare… mais pas impossible !

Aeschne mixte mâle, aeschna mixta. Libellule typique de fin de saison, elle pratique aussi de long vol surplace et se pose… parfois ! 105mm, F2,8, 1/50, 400 isos.

Quand cela se produit-il ? Lorsque la femelle pond ses oeufs dans la végétation aquatique, durant un accouplement, si la libellule a capturé une proie un peu trop grosse ou tout simplement lorsqu’elle souhaite se reposer (oui cela arrive !).

Quelques espèces montagnardes se posent sur une pierre ensoleillée en début de journée pour se réchauffer comme l’aeschne azurée mais dans l’ensemble j’ai remarqué que les grandes odonates se posaient davantage en fin de journée.

Une fois votre sujet repéré, il va falloir l’approcher le plus discrètement possible. Evitez les vêtements de couleurs criardes et surtout les mouvements brusques ! Certains spécimens sont très tolérants alors que d’autres s’enfuiront alors que vous êtes encore à 10 mètres. Sans compter les plus agaçants : ceux qui décollent juste avant que vous déclenchiez !

Ce mâle d’aeschne isocèle se posait fréquement entre deux patrouilles. Le 70-200mm utilisé à grande ouverture m’a permit détacher les ailes de la libellule de l’arrière-plan tout en transformant en “ronds lumineux” les reflets du soleil dans l’étang à l’arrière. 200mm, F3,5, 1/3200, 320 isos.

Dans tous les cas, l’échec est souvent au rendez-vous, ces grandes libellules étant incroyablement farouches. Il m’a fallu pas moins de 5 sorties de 3 heures chacune pour réussir à photographier l’aeschne paisible. Finalement je n’ai eu que deux occasions de la mettre dans le viseur !

Aeschne azurée, Aeshna caerulea. Parfois l’aeschne viendra à vous. C’est rare mais cela arrive !

Parlons matériel !

Qui dit sujet farouche dit longue focale. Qui dit petit sujet dit objectif macro. Un petit sujet farouche demande donc une longue focale macro !

En pratique, ces grandes odonates étant…grandes (!)… une longue focale conventionnelle suffit à les photographier. J’ai réalisé les photos en vol au fil des années avec un 300mm sur capteur aps-c, un 400mm sur capteur 24X36,  et enfin, une seule (l’aeschne isocèle) au 200mm.

Aeschne azurée, aeshna caerulea. Cette espèce est particulièrement rare en France ; je suis aller la photographier en Suisse ou elle est un tout petit peu moins rare. Elle a la particularité de se poser sur une roche ensoleillée en début de journée pour se réchauffer. En arrivant de bonne heure vous avez donc de grandes chances de pouvoir la photographier posée…a condition d’en trouver une !! 400mm et bague allonge, F5,6, 1/1250, 400 isos.

Trépied ou non ? Je dirai que cela dépend de l’espèce volant face à vous. Pour l’aeschne affine en vol, j’avais placé le 300mm f2,8 sur le trépied et une rotule pendulaire. Cette espèce faisant de longs sur-place, j’avais le temps de tourner autour du pied pour cadrer l’insecte.
Pour d’autres espèces plus rapides, comme l’aeschne des joncs, je préfère photographier à mains levée, le trépied devenant alors une entrave.

Le poids de l’objectif est alors important : il est bien plus simple de soulever les 1,5kg d’un 300mm f4 plutôt que les 4kg d’un 400mm f2,8 pendant une heure !

Pour les gros plans, l’approche compte autant que la longueur focale. Cependant, les grandes aeschnes étant très farouches le 105mm est un minimum. C’est avec cette focale (voir le test du 105mm macro Sigma) que j’ai photographié les libellules posées de cet article à l’exception de l’aeschne azurée. Mais un 150mm voir un 200mm m’aurait facilité la tâche plusieurs fois.

Accouplement d’Aeschnes des joncs, aeshna juncea. J’avais commencé à les photographier de loin au 400mm puis voyant qu’elles toléraient bien ma présence, j’ai continué au 105mm macro. 105mm, f3,5, 1/400, 200 isos

Une fois à quelques centimètres de votre libellule, assurez le cadrage et la mise au point pour que la première photo soit la bonne !

J’ai observé que certains spécimens réagissaient très mal lors du déclenchement. Est-ce le bruit de l’obturateur, le mouvement de l’index appuyant sur le déclencheur ou celui du diaphragme se fermant, toujours est il que le premier “clac” a suffi à faire s’envoler quelques odonates. Après une approche minutieuse, c’est rageant ! Et encore plus si la photo est floue !

J’espère que cet article vous motivera à partir à la rencontre de ces grandes libellules, toujours présentes en ce début d’automne, avant de fermer les portes de la saison macro jusqu’au printemps prochain !

Exuvie d’aeschne paisible dans son habitat : une rivière aux eaux fraiches, vives mais pas trop et dotée d’une végétation rivulaire abondante. Connaitre l’habitat d’une espèce permet de la chercher au bon endroit ! 24mm, F5, 1/60, 200 isos.

 

2 pensées sur “Photographier les grandes aeschnes : la chasse aux libellules est ouverte !”

  1. De superbes images ! Merci pour ce tour d’horizon, les prendre en plein vol est un sacré exercice que je n’ai pas encore réussi à faire avec succès, mais tous tes conseils me donnent envie de ré-essayer.

    Merci pour cet article

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