Photographier la voie lactée.

Quel photographe n’a pas été impressionné par ces superbes photos nocturnes montrant la voie lactée, remplie d’étoiles toutes plus lumineuses les unes que les autres, surplombant une montagne ou un monument grandiose ?

Et bien si la montagne se trouve de l’autre côté de la planète, la voie lactée elle, est visible de n’importe où ! Alors enfilons nos chaussures et allons la photographier !

Le mont Mézenc, d'origine volcanique, culmine à 1 753 m d'altitude. Il est situé sur la même ligne de crête que le mont Gerbier de Jonc, entre Velay et Vivarais dans le massif du Mézenc au sein du Massif central.
Voie lactée au dessus des deux sommets du Mont Mézenc. 14mm, f2,8, 20 secondes, 3200 isos.

Où, quand et comment voir la voie lactée ?

Les étoiles sont présentes en permanence au-dessus de nos têtes, ce n’est un secret pour personne. En revanche, elles ne sont pas visibles de la même façon selon l’endroit où l’on se trouve à cause de la pollution lumineuse.

Éclairages publics, phares de voitures et d’autres véhicules en tous genres, habitations, guirlandes de Noël,… toutes ces sources lumineuses diminuent notre capacité et celle de l’appareil photo à voir les plus petites étoiles.

Voie lactée automnale et polution lumineuse
La pollution lumineuse est très visible en plaine. Sur cette image, le voile brumeux à prit une teinte chaude, masquant le bas de la voie lactée. 24mm, f2, 15 secondes, 2500 isos.

Pour éviter cela et voir un maximum d’étoiles nous devons nous rendre là où la pollution lumineuse est la plus faible possible.

Dans le Jura, faiblement urbanisé, cela est relativement simple. En région parisienne, lyonnaise, marseillaise, (insérez ici votre grande ville)… c’est quasiment impossible. Alors comment faire ? Consulter une carte des pollutions lumineuses bien sur !

Celle-ci par exemple, créée par le club d’astronomie AVEX. Les couleurs les plus chaudes représentent les plus polluées. Le but est donc de trouver la zones la plus sombre proche de chez nous afin de voir un maximum d’étoiles.

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Carte de pollution lumineuse. Plus la couleur est froide, mieux c’est ! Source : AVEX.

Une fois l’endroit trouvé, nous allons devoir nous y rendre au bon moment car toutes les nuits ne se valent pas !

Météo et calendrier lunaire.

Attention surprise : il doit faire nuit ! Cette première condition est simple à remplir, il fait nuit à peu près chaque jour de l’année. Le ciel doit également être dégagé et la lune être entre son dernier et son premier croissant.

Ces deux conditions supplémentaires réduisent considérablement les créneaux  disponibles. La position de la voie lactée dans le ciel (elle évolue au fil de la nuit et des saisons) achève de raccourcir la liste.

Mais alors comment conjuguer tous ces paramètres ? Explications :

•La lune : c’est très simple, il suffit de consulter un calendrier lunaire pour connaitre les jours favorables, entre le dernier et le premier quartier. Pourquoi ? Car la pleine lune a le même effet que la pollution lumineuse. Votre photo ne montrera qu’une petite fraction des étoiles visibles lors d’une nuit de pleine lune.

•La position de la voie lactée dans le ciel : j’utilise Stellarium, logiciel open source multi-plateformes et gratuit. Très utile, il permet de connaitre la position de la voie lactée dans le ciel quel que soit l’endroit, la saison et l’heure partout sur la planète ! Il nous apprend par exemple qu’en France, le bulbe de la voie lactée (la partie la plus colorée) est visible de mai en fin de nuit à septembre en début de nuit. Cet outil est donc INDISPENSABLE pour définir l’heure de votre sortie !

•La météo : voila un point que nous ne pouvons pas prévoir. Le ciel doit être si possible sans aucun nuage (ils reflètent la pollution lumineuse). Il faut donc consulter les sites de prévisions météorologiques très régulièrement durant les jours propices aux photos.

Avec ces critères il est assez simple de dresser un calendrier des périodes propices et, compte tenu de la météo, celles-ci ne sont pas si nombreuses que ça !

J'étais monté près du lac Guichard pour y photographier la voie lactée. La lune est apparue pendant que je réalisais les premières photos de mon panoramique.
J’étais monté près du lac Guichard pour y photographier la voie lactée. La lune est apparue pendant que je réalisais les premières photos (la voie lactée) de mon panoramique. Si la lune était apparue plus tôt je n’aurais pas pu faire cette photo.

Comment ?

Première bonne nouvelle, ce type de photo ne nécessite pas forcément de matériel supplémentaire ou au cout exorbitant ! (ce qui n’est pas le cas de tous les genres photographiques…)

Il nous faut au minimum :

•un appareil photo si possible à objectif interchangeable même si un compact récent à capteur 1″ peut faire l’affaire.

•un objectif grand angle le plus lumineux possible; l’objectif livré avec le reflex, généralement un 18-55 f3,5-f5,6 ou presque, peut suffire pour commencer.

•un trépied.

– une lampe frontale pour se déplacer, installer et régler le matériel dans le noir complet et avec les deux mains libres, c’est plus pratique.

Une fois rendu sur le site que vous avez choisi avec soin selon les critères précédents, il va falloir trouver la voie lactée, plus ou moins visible selon les endroits et les saisons. Si vous ne la trouvez pas, pointez simplement l’appareil dans la bonne direction, trouvée grâce à Stellarium (une boussole est pratique pour cela).

Réglages pour commencer.

La voie lactée étant très peu lumineuse, une pose longue s’impose. Mais pas trop longue quand même sinon la rotation de la Terre rendra vos étoiles floues ! Cela peut être intéressant mais n’est pas l’objet de cet article.

Alors comment faire ? Une règle simple pour choisir sa durée d’exposition est de diviser sa focale par 500.

Exemple avec notre zoom 18-55 réglé à 18mm : 500/18= 27,8 secondes

Et dans le cas d’un appareil à capteur aps-c : 500/(18*1,5)=18,5 secondes

C’est aussi simple que ça ! Plus l’angle de champs est large, plus le temps d’exposition maximum est important.

Au niveau de l’ouverture, plus celle-ci est grande, meilleurs c’est ! Cependant, suivant les objectifs, il est parfois conseillé de fermer le diaphragme d’un demi ou d’un cran entier afin d’améliorer la qualité d’image, notamment dans les coins et de réduire le coma, bien visible sur les photos d’étoiles.

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Crop 100% dela première image de cet article. Le coma “étire” les étoiles dans les coins de l’image. Tous les objectifs ne sont pas égaux; pour s’en débarrasser il faut un objectif mieux corrigé !

Concernant la sensibilité, 1600 isos constitue une bonne valeur de départ. Adaptez là ensuite suivant les premiers résultats obtenus et les possibilités de votre matériel, le but étant de trouver le meilleurs compromis entre visibilité de la voie lactée et bruit numérique.

Enfin la mise point !

C’est le point le moins évident. En théorie, il suffirait de placer la bague de mise au point en butée, sur l’infini. Seulement, sur la plupart des objectifs, la rampe de mise au point dépasse l’infini. Les étoiles seront donc floues !

La meilleure solution est d’utiliser le mode « live view” du reflex. En pointant l’objectif vers les étoiles les plus lumineuses et en réglant le zoom électronique au maximum vous devriez pouvoir voir quelques étoiles et effectuer la mise au point. Il est aussi toujours possible d’utiliser une tache lumineuse au loin.

Dernière méthode : régler la bague de mise au point sur l’infinie, prendre une photo, contrôler la netteté et le cas échéant, décaler très légèrement la mise au point et recommencer jusqu’à trouver le réglage parfait. Une fois celui-ci trouvé, faites une petite marque sur la bague de mise au point ! Cela vous fera gagner du temps la séance suivante. ;)

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Panoramique d’une dizaine d’images dans l’Aveyron. 14mm, f2,8, 20 secondes, 3200 isos.

Dans tous les cas, un contrôle des premières images sur l’écran du boitier permettra de repérer un éventuel problème : mise au point, vibration du trépied, mauvais réglage…

Appareil réglé en mode manuel, paramètres de prise de vue réglés, vous devriez obtenir une photo d’un sol noir et d’une voie lactée entourée de ces étoiles. C’est un succès !

Mais il est possible d’améliorer cela grâce à la composition de l’image, au matériel et au traitement de l’image ! C’est parti !

La composition.

L’astro-paysage ou la photo de paysage comportant un ciel étoilé est avant tout une photo de paysage demandant un petit effort de composition pour être agréable à regarder. Ne nous contentons donc pas de photographier la voie lactée et ajoutons-lui un élément esthétique au premier plan : arbre (assez facile à trouver), montagne, formation géologique particulière, lac, moulin, château…. Ces changements de premiers plans apporteront de la variété à vos images qui sans cela se ressembleront toutes (un sol noir, une voie lactée).

En automne, la voie lactée est visible à son maximum bien plus tôt qu'en été, entre 20h et 22h.
24mm, f2, 15 secondes à 3200 isos. Panoramique de deux images.

Pour être plus efficace, je repère à l’avance mes lieux de prise de vues sur la carte puis m’y rend de jour pour voir si la photo est possible. Souvent une haie ou des arbres invisibles sur la photo aérienne bouchent une partie du ciel. Il vaut mieux s’en rendre compte avant plutôt qu’en pleine nuit, le jour où les conditions idéales sont réunies !

J’ai placé la composition avant le matériel et le traitement car c’est le point le plus “simple” à travailler, celui dont le potentiel d’amélioration des photos est le plus élevé !

Le matériel.

  • Le trépied.

Qui dit pose longue dit trépied. Il est indispensable. Il possible de bricoler une solution en calant l’appareil sur le sac ou au sol avec des pierres et des morceaux de bois mais le trépied est bien plus pratique ! Pas besoin d’un modèle ultra haut de gamme, le matériel fixé dessus ne pèse pas très lourd. En revanche, il ne doit pas vibrer au déclenchement de l’appareil ou à la moindre brise (c’est valable aussi pour la rotule) sous peine de photos floues.

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Voie lactée quelque part en Lozère. Elle était particulièrement bien visible à l’oeil nu malgré la solution lumineuse, toujours présente, même dans ce département ! 14mm, f2,8, 20 secondes, 3200 isos.
  • L’objectif

Le ciel étoilé demande un objectif grand angle le plus lumineux possible, F4 au minimum, si possible F2,8, au mieux F1,4 !

Un coup d’oeil au catalogue des constructeurs vous montrera que les prix varient du simple au double voir plus !

Exemple : le 24mm F1,8 nikon coute 780€ chez digit-photo alors que la version F1,4 est facturée plus de 2000€ pour un gain d’un demi-diaphragme !

Heureusement pour nous un opticien coréen, Samyang, propose des optiques “rustiques”, sans autofocus ni stabilisation, adaptées à la photo de voie lactée : les 14mm f2,8 et 24mm f1,4 disponibles dans toutes les montures, vendus respectivement au prix de 380€ et 580€ et dont la valeur sur le marché de l’occasion est assez faible.

Une grande partie des photos illustrant cet article sont prises avec le 14mm.

Ces objectifs ont un potentiel bien supérieur à celui du zoom 18-55mm : leurs angles de champs sont plus larges et ils sont bien plus lumineux !

De plus leurs qualités optiques sont bonnes, que demander de plus ?

  • Le boitier.

Même avec un objectif très lumineux, il nous faudra un capteur performant en basse lumière et plus celui- ci est grand et récent, mieux ce sera !

Sony A99II, A7rII, Nikon D810, Canon 5d MKIV, délivreront le meilleur résultat possible en terme de bruit, de dynamique et de restitution des couleurs à 1600 isos et bien plus.

Heureusement la plupart des appareils depuis 2012-13, APS-C compris, offrent des résultats satisfaisants. Ces photos sont prises avec un A99 sortit fin 2012, à vous de me dire si elles sont montrables ou non ;)

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Au pied du lac Guichard. Ici la solution lumineuse est absente, l’éclairage du premier est assuré par la lune. 24mm, f2,8, 20 secondes, 1600 isos.

Le traitement.

Le traitement/développement pour ce type de photo est assez important. Il est très probable que le fichier brut de l’appareil photo ne corresponde pas à vos attentes. Étoiles peu visibles, couleurs ternes, balance des blancs hasardeuse, nous sommes loin de l’image finale !

Pour cela il va falloir pousser quelques curseurs mais pas n’importe comment.

À l’aide de Lightroom, je commence par corriger le vignetage et la distorsion de l’objectif. C’est très rapide et dans le cas d’un grand angle lumineux, sensible au vignetage, fait souvent gagner du détail dans les angles de l’image.

Ensuite je règle la balance des blancs. Il est fréquent que celle-ci soit trop chaude, donnant un ciel aux teintes rouges. Je la refroidis de façon à obtenir un ciel bien noir, légèrement bleu.

Puis, à l’aide du pinceau, je traite ma photo en deux parties : d’abord le ciel puis le sol.

Je passe le pinceau sur la partie ciel et augmente les hautes lumières, la vibrance et la clarté. N’hésitez pas au début à pousser franchement ces curseurs pour voir, quitte ensuite à les ramener à des valeurs moins élevées.

Les réglages valables pour une photo ne sont bien sûr pas reproductible sur une autre image prise dans des conditions différentes. À vous de trouver le juste milieu entre une Voie lactée suffisamment visible et un effet caricatural.

Concernant le bas de l’image, je m’assure simplement qu’il soit bien noir et efface si besoin quelques taches lumineuses.

En automne, la voie lactée est visible à son maximum bien plus tôt qu'en été, entre 20h et 22h.
Exemple de traitement. La brume et la pollution lumineuse, même faible, ont rendu cette photo particulièrement fade. Il a donc fallu un peu de travail pour lui rendre ses couleurs !

En zoomant à 100% dans l’image, vous vous rendrez compte que ce traitement rend le bruit bien visible, d’où l’importance d’un appareil performant en haute sensibilité !

Il est bien sûr possible de réduire le bruit, cependant, cette fonction à tendance à effacer les plus petites étoiles. J’essaye de trouver un équilibre entre le lissage du bruit et la netteté des étoiles

Enfin j’applique un filtre de netteté sur l’ensemble de l’image, de façon modéré afin de ne pas rendre le bruit trop visible. C’est une affaire de compromis qui ne peut pas être obtenue de façon automatique.

Pour information, certaines photos présentes sur internet montrent une voie lactée aux couleurs magnifiques que malgré tous vos essais vous n’arriverez pas à reproduire.

C’est parce que ces photos sont en réalité des assemblages d’une dizaine voir de plusieurs dizaines d’images. Sans rentrer dans les détails d’une technique que je ne maitrise pas, la superposition d’image par un logiciel adéquat permettra d’obtenir beaucoup plus d’informations, de couleurs, de détails qu’une unique photo en plus de réduire considérablement le bruit.

En suivant ces quelques lignes, vous devriez déjà pouvoir prendre de belles photos de ciel étoilé et ensuite, pourquoi pas devenir un expert du domaine 😉 Bonnes photos !


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